Nouveau roman

Présentation
Ce roman raconte une histoire tissant l’opulence arrogante et la misère sans issue, dans un quartier huppé d’une capitale africaine. Une tante, dont le seul titre est « femme de », s’en va chercher sa nièce dans une famille pauvre au village. La suite est un face-à-face cruel entre une bonne à tout faire et des riches qui trouvent la violence normale, et jouissant de tourmenter autrui. Le combat d’une jeune fille, ligotée par les souvenirs trompeurs de cette antique solidarité africaine, transformée en mode de domination. Bonne à toit faire, un métier volontairement flou, voilà le calvaire de ces jeunes filles qui ne peuvent rêver d’un avenir.
Extrait
“La gifle
La main a rencontré la joue. D’un coup sec. De toute la largeur de la paume. Les intentions ne sont guère dissimulées. Il s’agit de marquer les chairs. Pour montrer son pouvoir. On veut faire mal. Pour dire qui commande. On veut punir. N’importe qui à portée de bras. Comme un délice, il lui est interdit de crier. Ce petit bruit suffit.
Aveuglée par le choc, la fille n’a pas vraiment entendu de son. Elle a juste vacillé. Seulement de la tête. Elle connait les règles. Madame n’a pas à se forcer pour atteindre son objectif. Elle doit rester figée, pieds joints, bras croisés. Ne pas esquisser le plus petit mouvement de recul. S’empêcher de tourner la tête. Même pas un peu. Parce que chacun le sait maintenant. Madame veut une soumission totale.
Il lui est facile de parer le coup. Elle est jeune, leste et souple. Et la patronne est une vieille chose, devant charrier des enflures qui débordent de partout. Mais alors, le châtiment monte en cruauté. Madame réclame la cravache. Que le gardien s’empresse de lui apporter avec joie. Le jeune homme lui en veut. Parce qu’elle dort dans la maison, alors que lui doit supporter les froidures, endurer les nuées de moustiques. On a les jalousies qu’on peut.
Car il faut entendre ce qui n’est pas énoncé. Un jeune garçon plein de vigueur. Qui regarde une jeune fille emmener ses rondeurs et ses courbures à l’abri derrière une imposante porte en acier. Une libido qui fait carême chaque soir, cela peut faire mal aux entrailles. Pourtant, le gardien le sait. Tous deux bénéficient du même mépris dans la maison. Tant pis pour eux ! Il ne fallait pas être pauvre. Pauvre, ça va encore. Misérable, on l’a voulu. On se donne à toutes les brimades.
La cravache qui siffle. Qui fend les airs. Qui cingle la peau. Qui commet mille meurtrissures. Elle est donc restée en bonne en place. Au centre de la terrasse. Pile devant Madame. Pour que ça finisse vite, elle aurait même fait le petit pas en avant. Telle une jument obéissante. Et la gifle est venue. Madame exige son dû. Et nul, qui songerait à lui en faire le reproche.”

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